Tite-Live, une histoire de livres

Beschryving van oud en niew Rome, édité en 1704 par l’imprimeur- libraire amstellodamois François Halma (1653-1722), est la traduction en bas-allemand d’une oeuvre originale en français de François-Jacques Desseine ou Deseine († 1715). Divisée en trois parties, cette dernière retrace l’histoire de la ville de Rome « de sa fondation jusqu’aux règnes des Empereurs suivis des Papes » et traite, comme l’indique encore son titre, de « ses quartiers, temples, sénats, églises, palais et autres édifices remarquables, mais également des États anciens et actuels, séculiers ou ecclésiastiques, en ce compris leurs moeurs et cérémonies ».

Ce volume issu des collections de la bibliothèque Moretus Plantin comporte la première partie de l’oeuvre de Desseine, traitant de la Rome antique : Oud Rome. Elle est suivie de deux autres monographies consacrées à l’Antiquité romaine, intégrées au même volume par l’éditeur néerlandais : un ouvrage richement illustré de Giovanni Pietro Bellori (1613-1696) traitant des peintures de la Tombe des Nasonii, découverte en 1674 dans le secteur de la Via Flaminia, et la monographie De Roomsche Aaloudheden ou « Les Antiquités romaines » de Basilius Kennet (1674-1715), traduite de l’anglais.

L’ouvrage débute par la dédicace et la préface de l’éditeur François Halma, suivies d’une traduction en bas-allemand de la dédicace et de la préface originales de Desseine. Beschryving van Oud en Niew Rome est dédié à Nicolaes Witsen (1641-1717), bourgmestre d’Amsterdam. À l’entame de la dédicace, un long panégyrique célèbre la Ville « honorée comme l’impératrice et la maîtresse du monde » réunissant « tous les arts et toutes les sciences […] et en particulier la sagesse des Grecs » et qui a abrité une « abondance d’Historiens, d’Orateurs et de Poètes » ayant permis « d’en sauvegarder le souvenir, au contraire de nombreuses autres villes et contrées anciennes ». Suit une célébration des accomplissements politiques et militaires de Witsen, également connu comme cartographe, collectionneur et diplomate, qui se voit comparé aux « Consuls de la Rome antique qui, à l’instar de Cicéron, étaient toujours prêts à prendre les armes au service de l’État lorsque la situation exigeait davantage que l’éloquence de la langue au Sénat ». Dans sa préface, Halma témoigne de la genèse longue et difficile de la présente traduction, qu’il a choisi d’enrichir de gravures de Jan Goeree (1670-1731) et Livinus Cruyel (ca 1640-ca 1720).

L’oeuvre originale de François-Jacques Desseine est dédiée à Georges-Paul Andrault de Maulevrier-Langeron, abbé général des chanoines réguliers de Saint-Antoine († 1718). Dans sa préface, il précise ses intentions : rassembler « une somme compacte sur les choses remarquables qu’il convient de voir à Rome, pour les partager avec ses compatriotes qui, bien qu’ils s’émerveillent sur les fastes de la Ville, n’ont l’occasion ni de s’y rendre, ni de consulter ou d’acheter les nombreux ouvrages qui lui ont été consacrés ». Cette première partie dédiée à la Rome antique est basée sur l’ouvrage de topographie Roma Antica (1666) de l’humaniste italien Famiano Nardini (1600-1661). Il s’agit dès lors d’une description de troisième main, ce dernier s’étant lui-même inspiré des catalogues régionnaires de Publius Victor et Sextus Rufus, actifs respectivement sous Constantin et Valentinien au ive siècle de notre ère. Plus en avant dans l’ouvrage, Desseine précise toutefois avoir enrichi ces sources de multiples références à la littérature antique et à l’oeuvre d’autres humanistes. C’est vraisemblablement à Rome que Desseine eut l’occasion d’acquérir cette somme de connaissances : après plusieurs voyages dans le Sud de la France et en Italie, il s’y est en effet établi comme libraire.

Même s’il n’est pas explicitement cité avant les chapitres consacrés aux différentes régions de Rome, Tite-Live apparaît clairement en filigrane des trois premiers chapitres, dédiés respectivement aux origines, aux sept collines et aux limites de la ville, qui font la part belle aux mythes de fondation et à l’organisation du territoire de la cité naissante, de la Roma quadrata de Romulus aux réformes servienne et augustéenne. Les cinq chapitres suivants sont consacrés aux murailles, au Tibre et à ses ponts, ainsi qu’à l’infrastructure hydraulique, richement illustrée à l’aide de cartes topographiques. La seconde partie de l’ouvrage est structurée de façon plus traditionnelle comme un catalogue régionnaire égrainant les monuments et curiosités des XIV Régions augustéennes. Chaque région est introduite sous l’angle de la géographie physique, du réseau viaire et de la toponymie. Les monuments sont ensuite traités de façon exhaustive mais parfois approximative, sur la base de données quelquefois discordantes issues des vestiges visibles, de sources littéraires ou de documents numismatiques. Concernant les sources littéraires, il est curieux de remarquer que les historiens sont évoqués en bas de page, alors que les citations de poètes figurent en exergue au sein du texte principal.

Tite-Live occupe une place significative parmi les auteurs éclairant le propos de Desseine. Par exemple, lorsqu’il évoque la Regio IV, celle du Templum Pacis, il s’attarde sur le Sororium Tigillum (« la Poutre de la soeur »), poutre en bois érigée sur l’Oppius et haut lieu de la tradition relative à la lutte entre les Horaces et les Curiaces : après qu’Horace avait tué sa soeur pour avoir pleuré la mort d’un des Curiaces auquel elle était fiancée, le meurtrier avait été absous grâce à l’intervention de son père, et fut contraint seulement à passer sous cette poutre, la tête voilée. Le récit de Tite-Live1, cité intégralement en bas de page, illustre opportunément l’évocation des vestiges. Les légendes anciennes du Forum Romanum sont également assorties de passages plus ou moins étendus de l’oeuvre de l’historien.

Le propos est richement illustré par les nombreuses gravures de Goeree et Cruyel, qui confrontent vues des vestiges et restitutions, à grand renfort d’extrapolations architecturales et décoratives. Enfin, il est à noter que la reconstitution historique des principaux monuments n’est nullement limitée à l’Antiquité : en conformité avec l’approche diachronique sous-tendant les trois volumes de l’oeuvre de Desseine, les modifications et restaurations post-antiques attribuées aux autorités pontificales ou civiles sont également évoquées.

Beschryving van oud en niew Rome peut être considéré comme une somme érudite relativement traditionnelle, combinant les approches historique, archéologique et littéraire au fil d’un parcours historique et topographique, dans l’esprit des catalogues régionnaires de l’époque impériale tardive. L’intérêt principal de l’ouvrage réside toutefois dans les intentions de l’éditeur François Halma : rendre accessibles à ses compatriotes des Pays-Bas, et ce dans leur langue, les monuments et curiosités de la Rome antique.


Julian Richard


1 Tite-Live, Histoire romaine, I, 26. Beschryving van oud en niew Rome fait référence à une autre division en chapitres, où ce texte constitue le chapitre 7 du premier livre (« gelyk het bij Livius in zyn eerste Boek, het 7 Hooftstuk voorkoomt »).

Beschryving van oud en niew Rome, verdeelt in drie deelen ... met alle zyne gewoonten en plegtelykheden vertoont wordt

Éditeur(s):
Gedrukt by François Halma (Amsterdam)

Description physique :
4 part. en 2 v. ([32], 160 p., [12], 260, [23, 1 bl.] p. ; [20], 161-360 p., [6], 363-479, [83]) p. : cartes, plans, gravures ; 2°

Type : Livre
Date : 1704
Langue : Allemand

Droits : PublicDomain
Droits d'accès : OpenAccess
Détenteur des droits : UNamur - Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin (Namur)
Cote de rangement BUMP : SJC.5.401B.3


Notes
Mention de responsabilité : In 't Fransch beschreven door den Heere François Desseine : achter Oud Romen is gevoegt ; Het antyke graf der nazoonen, afgetekent en in 't koper gebragt door P. Sanctus Bartolus ; nevens de uitleggingen over deeze aaloude schilderyen, van J. Petrus Bellorius ; uit het Fransch en Latyn vertaalt, en met heerlyke konstprinten versiert
Contient : [1], Beschryving van oud Rome -- [2], De Aaloudheden van Rome -- [3], Beschryving van 't niew of hedendaagsch Rome, eerste deel -- [4], Beschryving van 't niew of hedendaagsch Rome, tweede deel
Provenance : Vignette Collège N.-D. de la Paix Namur Fac. Phil. ; Collegium N.-D. Pacis Namurc. S.I. Fac. Phil. & Let. ; cachet inventaire d'Eegenhoven
Dans chaque vol. : page de titre principale en rouge et noir ; page titre additionnelle ent. grav. et signée : I. Goeree del. [et] I. Baptist. sculp.
In 't Nederduitsch overgebragt door W.V.R. [Willem van Ranouw] ...
Reliure : Veau doré d'époque, dos à 6 nerfs, ornés de fleurons dorés ; pièces de titre et de tomaison gravées or sur fond rouge
Etat matériel : Fragilité de la coiffe des 2 vol., bon état général