Tite-Live, une histoire de livres

Bien que, dès le début des années 1830, la reprise en main de l’enseignement supérieur par le jeune État belge eût scellé définitivement l’abandon du latin comme langue d’enseignement à l’Université, son apprentissage au niveau secondaire – en classes d’« Humanités », comme on disait alors –persista à se donner pour objectif principal, par-delà la lecture des auteurs, la maîtrise de la composition littéraire. Son acquisition passait inévitablement par d’incessants exercices de traduction à partir du français, dans lesquels l’application de règles de grammaires soigneusement graduées le disputait à l’imitation des œuvres littéraires classiques commentées préalablement en classe.

Une progression savamment conçue amenait ainsi les élèves à imiter d’abord Cornélius Népos, puis César, et enfin Tite-Live, avant de pouvoir aborder des monuments de la littérature latine tels que Cicéron, Virgile et Horace.

Jean Grafé (Luxembourg, 8 juin 1822 – Namur, 18 juillet 1884) était encore professeur en classe de seconde à l’athénée royal de Namur lorsqu’il répondit à l’appel du gouvernement instituant (A.R. du 28 juin 1861) un « concours […] pour la rédaction du texte français d’un cours de thèmes latins, à l’usage des élèves de troisième ». Les instructions (arrêté ministériel du 12 juillet) imposaient un cahier des charges rigoureux : deux séries de cent thèmes « ayant chacun une étendue équivalente à environ deux tiers de page des éditions latines de Teubner » et reprenant à chaque fois des éléments disséminés sur plus de quinze chapitres des livres II, III, XXI ou XXII de Tite-Live, le tout accompagné, pour faciliter l’évaluation par le jury, d’une liste précise des passages imités.

J. Grafé ne fut pas aussi heureux que son collègue namurois O. Hennebert, gratifié du premier prix quelques années plus tôt dans un concours similaire dédié à des thèmes d’imitation de César. Le nouveau jury, insatisfait du travail des différents concurrents, les invita à deux reprises à réviser leurs copies, puis renonça finalement à décerner le prix ; il accorda tout de même une récompense à l’ouvrage de J. Grafé et recommanda d’en faire imprimer la partie la plus aboutie, c’est-à-dire les thèmes inspirés du livre II pour les tours à imiter, mais prenant pour sujet les invasions normandes et le règne de Charles le Bon, comte de Flandres.

Quelques spécimens de thèmes apparurent d’abord épisodiquement, dès 1863, dans la Revue de l’instruction publique en Belgique, qui salua avec enthousiasme la parution (1872) du recueil complet, « à coup sûr le meilleur de ce genre qu’on ait publié en Belgique »1. Le corrigé – dont l’auteur souhaitait naturellement contrôler jalousement la diffusion – fut imprimé peu après et reçut les mêmes éloges : « Les lecteurs de la Revue savent […] avec quelle conscience [M. Grafé] imite son modèle, avec quelle rare habileté il reproduit la période, si nombreuse, si variée, si harmonieuse de l’historien latin. À part les noms propres un peu barbares des peuples du moyen-âge, on se retrouve en plein Tite-Live en lisant son texte latin2. »

Paul Pietquin

1. « Note de la Réd. », dans Revue de l’instruction publique en Belgique, 15, 1872, p. 132.
2. Compte rendu par D. K., dans Revue de l’instruction publique en Belgique, 16, 1873, p. 251.

Cours de thèmes latins destinés à former les élèves de troisième à l'application des règles de la syntaxe et à l'imitation du latin de Tite Live

Type : Livre
Date : 1873
Langue : Latin

Droits : PublicDomain
Droits d'accès : OpenAccess
Détenteur des droits : UNamur - Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin (Namur)
Cote de rangement BUMP : 1Z00484


Notes
Texte latin suivi d'un dictionnaire des locutions et des mots employés dans le IIe livre de Tite Live, ainsi que d'un exposé succinct des applications les plus importantes des règles de la syntaxe contenues dans ce livre