Balade patrimoniale au cœur des Sciences et des Lettres

Si notre époque peut se targuer d’aborder la grande majorité des maladies avec des connaissances médicales qui autorisent la précision analytique nécessaire à un diagnostic certain, ou presque, il fut un temps où nos semblables ne pouvaient s’en remettre qu’à Dieu et à une médecine très empirique et ignorante pour les aider dans la maladie. Toutefois, les prières n’ayant que l’efficacité que l’on veut bien leur accorder, la disponibilité d’un dictionnaire portatif de santé représentait une aide certaine à celui ou celle qui, au XVIIIe siècle, savait lire et ainsi comprendre la signification de termes médicaux qui pouvaient rester bien abstraits en absence d’un tel outil. De plus, ce dictionnaire avait l’énorme avantage de présenter aux éventuels malades quelques recettes de traitements qui permettaient, moyennant l’obtention auprès des apothicaires de substances précises, bien que souvent surprenantes aujourd’hui, de devenir un véritable acteur de son traitement ou du traitement de son entourage. On y verra peut-être le succès indéniable de cet ouvrage dès sa première édition.

Bien sûr, le raisonnement scientifique et l’analyse n’ont révolutionné l’approche de la maladie qu’au cours du dernier siècle, notamment grâce à une technologie de plus en plus performante. Cependant, l’époque de ce dictionnaire portatif ne connaissait pas moins les multiples formes – même les moins fréquentes – de la maladie, décrites, nommées, classées en catégories et unités. C’est donc le décryptage du vocabulaire appliqué aux multiples problèmes de santé, qui était proposé dans cet ouvrage au patient que tout un chacun est susceptible de devenir. On peut également en déduire que le succès d’un format portatif prouve à souhait que nous sommes tous et toutes, et depuis longtemps, un tantinet hypocondriaques, cherchant à nous rassurer dans des explications savantes lorsqu’un nom est avancé à propos d’une condition sanitaire qui nous afflige.

« Hypocondriaque ». On peut ici apprendre dans le tome II que les vapeurs hypocondriaques affligent particulièrement les hommes (se trouvera-t-il une seule femme pour contredire ceci ?), mais on se voit aussi rappelé dans la définition suivante que les vapeurs hystériques sont typiquement féminines, comme l’utérus auquel cet adjectif fait référence.

La lecture de quelques termes choisis pour leur intérêt actuel nous apprend encore dans le tome I que si le cancer du sein était déjà identifié en 1760 comme fréquent et extrêmement dévastateur, on ne peut que s’amuser, voire s’effrayer, du peu de pertinence des hypothèses avancées à cette époque révolue pour tenter d’expliquer les mécanismes d’apparition d’une telle pathologie !

Un bel ouvrage donc, qui nous permet grâce à sa consultation d’apprécier avec d’autant plus de pertinence les progrès effectués par la médecine dans cet intervalle de deux cent cinquante années.


Yves Poumay

Dictionnaire portatif de santé, dans lequel tout le monde peut prendre une connoissance suffisante de toutes les maladies, des différens signes qui les caractérisent chacune en particulier, des moyens les plus sûrs pour s'en préserver, ou des remedes les plus efficaces pour se guérir, & enfin de toutes les instructions nécessaires pour être soi-même son propre médecin. : Le tout recueilli des ouvrages, tant anciens que modernes, des médecins les plus fameux, & augmenté d'une infinité de recettes particulieres, & de spécifiques pour toutes sortes de maladies

Éditeur(s):
chez Vincent (A Paris)

Description physique :
2 v. (XXVIII, 557, [3] p. ; [2], 576 p.) ; 8°

Type : Livre
Date : 1760
Langue : Français

Droits : PublicDomain
Droits d'accès : OpenAccess
Détenteur des droits : UNamur - Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin (Namur)
Cote de rangement BUMP : SJZ.7.702F.10


Notes
Mention de responsabilité : Par M. L***, ancien médecin des armées du Roi, & M. de B***, médecin des hôpitaux
Barbier, I, col. 982
Quérard, I, col. 433
Quérard, III, col. 1073
Notes : auteurs identifiés d'après Barbier et Quérard
Extrait du catalogue de Vincent aux pp. 570-576 du volume 2.
Etat matériel : bonne conservation générale.
Reliure : Reliure aux armes du comte Henri de Calenberg (1685-1772).
Provenance : nom de l'auteur inscrit au crayon sur une page de garde du vol. 1, note manuscrite au verso de la page de titre du vol. 1 "je certifie que cette edition est la seule veritable" (signé Vincent) ; cachets inventaire Bibl. Dom. S.I. Eegenhoven IHS.