Balade patrimoniale au cœur des Sciences et des Lettres

Rédigé vers 1259 par Thomas de Cantimpré (un frère dominicain originaire du Brabant), le Bonum universale de apibus décrit la société médiévale en la comparant à la vie des abeilles. Le traité est divisé en deux livres : le premier traite des prelati (évêques, abbés, seigneurs), tandis que le second a pour objet les subordonnés (moines et laïcs). Chaque chapitre présente la structure suivante : l’exposé d’une propriété des abeilles, suivi d’une interprétation allégorique plus ou moins réussie, et des exempla. Ces exempla – sortes d’anecdotes historiques – sont tirés de la propre expérience de l’auteur ou de sources orales contemporaines, à l’instar de l’histoire suivante :

« Écoutons maintenant ce qui est arrivé de nos jours au monastère de Villers-en-Brabant du temps d’un abbé très religieux. Une très grosse somme d’argent, environ 1 600 livres, avait été apportée au monastère après la mort d’un usurier de Namur et avec cette somme on avait acheté bien des choses. C’est alors que fut élu abbé un homme à la conscience stricte. Lorsqu’il se rendit compte de la situation, il s’en affligea, vendit moutons et bestiaux ainsi que certains biens mobiliers, puis il rapporta l’argent à Namur pour qu’il soit restitué à chacune des victimes de l’usurier. Mais personne ne voulut se charger de l’affaire de la restitution et l’argent fut rapporté de nouveau au monastère. Ce fait indigna le pieux abbé qui ordonna aux messagers de reporter une fois encore cet argent, de le déposer en plein marché devant les citoyens et tout le peuple en disant : « Que cet argent aille à qui en veut. Il a cessé d’être nôtre, car je suis certain qu’il a été acquis injustement ». À cette vue les citoyens très édifiés tombèrent d’accord et par les mains d’hommes intègres restituèrent l’argent à chacune des victimes. Quant au monastère, Dieu sans tarder lui rendit dix fois plus : cette maison jadis chétive et pleurant misère est devenue maintenant élégante, riche en divers biens et accrue en ses bâtiments »1.

Le Bonum universale de apibus connut un succès médiéval certain : on recense actuellement une centaine de manuscrits dans l’Europe entière ainsi que des versions vernaculaires en français, thiois et allemand. L’ouvrage fut imprimé à plusieurs reprises : à Cologne en 1473 et 1478-1480, à Paris en 1516, à Douai en 1597, 1605 et 1627 par Georges Colvener. Faute d’édition scientifique, l’édition de 1627 constitue, aujourd’hui encore, le texte de référence.


Nicolas Louis

1 Exemplum tiré de Henri Platelle, Les exemples du Livre des abeilles. Présentation, traduction et commentaire, Turnhout, 1997, p. 146.

Thomae Cantipratani ... Bonum universale de apibus. In quo ex mirifica apum repub. universa vitae bene & Christianè instituendae ratio traditur, & artificiosè pertractatur, opus varium & iucundum, insertis ubique miraculis & exemplis memorabilibus sui temporis ; ad exemplaria complura cùm mss, tum antiqua excusa collatum, à mendis typographicis expurgatum, & notis amplioribus illustratum

Éditeur(s):
ex typographia Baltazaris Belleri (Duaci)

Description physique :
[80], 594, 176, [54] p.

Type : Livre
Date : 1627
Langue : Latin

Droits : PublicDomain
Droits d'accès : OpenAccess
Détenteur des droits : UNamur - Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin (Namur)
Cote de rangement BUMP : SJA.3.024H.10