Antiquité de papier : Perception de l'Antiquité aux Temps Modernes

Une des conséquences de la découverte des sites de Pompéi et d’Herculanum, ainsi que de l’ancienne ville de Paestum, fut le renouveau de l’intérêt scientifique pour l’Antiquité, cette fois plutôt avec une orientation archéologique. Dans ces circonstances, il n’est pas surprenant que l’époque de ces découvertes vit aussi apparaître cette première synthèse de l’histoire de l’art antique que constitue la Geschichte der Kunst des Altertums de Johann Joachim Winckelmann (1717-1768). Né à Stendal au nord de Magdebourg, Winckelmann fut d’abord bibliothécaire dans les environs de Dresde. À partir de 1755, il séjourna à Rome où il entra au service de plusieurs cardinaux. Il mourut assassiné à Trieste, pendant un voyage en Allemagne.

Selon Winckelmann, l’art grec était, définitivement, le sommet de l’art que rien ne pouvait surpasser. Il développa cette idée centrale dans sa première œuvre, Gedanken über die Nachahmung der griechischen Wer- ke in Malerei und Bildhaukunst (1755). La Geschichte der Kunst des Altertums (1763) est sans doute son chef-d’œuvre, dans lequel il donne un résumé de tout l’art classique, commençant par les Égyptiens et les Perses. L’œuvre consiste en deux parties. La première (et plus grande) partie se présente comme une recherche de l’art d’après son essence même (« Untersuchung der Kunst nach dem Wesen derselben ») et est consacrée surtout à l’art grec dont la discussion représente plus de la moitié de ce livre. La deuxième partie explore l’art (grec) d’après « les circonstances de l’époque » (« Nach den äußeren Umständen der Zeit unter den Griechen betrachtet ») : en effet, la cohésion entre art et histoire générale constitue l’un des éléments centraux de la théorie de Winckelmann. Il va de soi que malgré tous ses mérites, cette œuvre capitale pour l’histoire de l’art et l’archéologie comporte quelques défauts et erreurs. Ainsi, Winckelmann se base surtout sur les sculptures en marbre qu’il trouvait à Rome et ailleurs en Italie sans se rendre compte que beaucoup d’entre elles étaient en réalité des copies réalisées d’après des modèles (perdus) en bronze. Cela vaut notamment pour l’une des œuvres que Winckelmann admira le plus et qui était pour lui le sommet absolu de l’art antique, l’Apollon du Belvédère : la statue au Vatican est en réalité une copie du temps de l’empereur Hadrien (117-138) d’après un original de 350-325 avant J.-C. attribué à Léocharès. En outre, Winckelmann estimait que les statues blanches qu’il voyait dans les collections représentaient la forme originale, tandis que nous savons depuis la fin du XIXe siècle que les sculptures étaient, en fait, vivement colorées. Dans la même veine, il pensa que ces statues rendaient une image fidèle des corps des athlètes et que leur plastique parfaite provenait de leur mode de vie idéalisé. Son admiration pour le nu parfait de la sculpture grecque s’explique partiellement par son homosexualité, mais, surtout, Winckelmann ne s’est jamais rendu compte des tendances idéalisatrices de l’art grec.

L’œuvre de Winckelmann eut une profonde influence. Gœthe déjà, quand il partit pour Rome en 1786, se montre un bon disciple dans son admiration pour les sculptures évoquées par Winckelmann. Aussi le néoclassicisme, alors en vogue à Rome comme ailleurs à la fin du XVIIIe siècle – avec Antonio Canova, Jacques-Louis David et plus proche de nous, Matthias Kessels de Maestricht – doit-il beaucoup au livre de Winckelmann.

La Storia delle arti del disegno presso gli antichi est la traduction italienne de cette œuvre-clé de Winckelmann, due à Carlo Fea (1753-1836) qui y ajouta aussi des annotations. Le troisième volume, daté de 1784, constitue une sorte d’annexe dans laquelle Fea a groupé les Osservazioni sull’archittetura degli antichi de Winckelmann (prologue daté de 1760 ; p. 1-128), une Lettera sull’origine ed antichità dell’architteura al chiarissimo signor abate Fea (Rome, 1784 ; p. 129-186), les lettres de Winckelmann (p. 187-266), ainsi qu’une Dissertazione sulle rovine di Roma (p. 267-416), des explications des planches et des index. Une série de planches exécutées par plusieurs artistes figure en fin de chaque volume.

Michiel Verweij


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Storia delle arti del disegno presso gli antichi. Volume 1

Éditeur : dalla stamperia Pagliarini (In Roma)
Description physique : 3 v. (XCVI, 451, [1 bl.] p., XVIII f. de pl. ; 427, [1 bl.], XI f. de pl. ; XII, 604 p., XIII f. de pl.) : front., ill. ; 4°

Type : Livre
Date : 1783/1784
Langue : Italien

Droits : PublicDomain
Droits d'accès : OpenAccess
Détenteur des droits : UNamur - Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin (Namur)
Cote de rangement BUMP : SJB.5.401E.10


Notes
CDRR Provenance : Cachet inventaire Bibl. Dom. S.I. Eegenhoven ; ex-libris armorié de la famille le Gouz de Saint-Seine