Tite-Live, une histoire de livres

Collection

À l’automne 2017, la Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin (BUMP) de l’Université de Namur a accueilli une exposition consacrée à l’un des plus grands historiens romains, Tite-Live, auteur d’une monumentale Histoire romaine remontant à la fondation de la ville, l’Ab Urbe condita.

Montée par Pierre Assenmaker, chargé de cours au département de Langues et littératures classiques, avec la collaboration de Sandrine Paternotte, membre du Pôle Patrimoine de la BUMP, cette exposition prit place dans le cadre des festivités du bimillénaire de la mort du Padouan, survenue en 17 apr. J.-C.

Ce fut l’occasion de mettre en valeur les nombreuses éditions et traductions (en français, italien ou néerlandais notamment) des Ab Urbe condita libri conservées à la Réserve précieuse de la BUMP. De l’Éloge de la folie d’Érasme au Coriolan de Shakespeare, des Essais de Montaigne aux Fables de La Fontaine, plusieurs éditions anciennes d’œuvres littéraires et philosophiques étaient également dévoilées au public : elles constituent autant de jalons dans la réception européenne de cette œuvre étonnante.

Contemporain de la fin de la République et de l’émergence de l’Empire, moins connu peut-être du grand public que son aîné Salluste et que son successeur Tacite, Tite-Live fut redécouvert à la période humaniste, par Pétrarque notamment. Ses écrits – du moins ce qu’il en reste – connurent ensuite des fortunes et des réceptions diverses mais nourrirent toujours, parfois fortement, parfois plus souterrainement, la pensée européenne sur les plans politique, moral et littéraire.

Le catalogue que vous tenez entre les mains se fait l’écho à la fois érudit et plaisant de cette histoire éditoriale. Rassemblant les livres exposés à la BUMP, il s’enrichit de notices alliant précision philologique, rigueur historique et plaisir de la transmission. Pour l’établir, Pierre Assenmaker et Sandrine Paternotte ont su s’entourer de nombreux collaborateurs – historiens de l’Antiquité, de la Renaissance et des Temps Modernes, historiens de l’art, philologues classiques, italianistes, historiens de la littérature française et anglaise, germanistes – issus pour la plupart des départements de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université de Namur. En tant que doyen de cette faculté, je suis particulièrement heureux que de telles collaborations, encore rares il y a quelques années, soient de plus en plus fréquentes : elles témoignent du dynamisme de nos enseignants et de nos chercheurs.

L’ouvrage, abondamment illustré, laisse d’abord apercevoir l’immense richesse du patrimoine détenu par la Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin. De nombreuses éditions rares de la Renaissance, comme cet exemplaire de l’Institution oratoire de Quintilien dans l’édition de Cologne, imprimée sur les presses d’Eucharius Cervicornus en 1527, ou cette traduction en italien des Décades de Tite-Live réalisée par l’historiographe florentin Jacopo Nardi (1476-1563), y voisinent avec des ouvrages plus récents mais non moins étonnants, comme le De uiris illustribus urbis Romae a Romulo ad Augustum de l’abbé Charles François Lhomond, sorte de « Lagarde & Michard » avant l’heure de la littérature latine.


David Vrydaghs


Texte extrait du catalogue de l'exposition (en vente aux Presses universitaires de Namur)