Alexandre Rodenbach, industriel, homme politique et philanthrope, est né en 1786 à Roulers en Belgique. Il brille par sa perspicacité, sa créativité et son sens de l’humain. Aveugle depuis l’âge de 11 ans, il se passionne pour l’éducation des jeunes déficients sensoriels. Il décède en 1869, laissant à la postérité deux ouvrages qui ont leur place dans la littérature pédagogique du XIXe siècle.

En 1828, il édite Lettre sur les aveugles qui fait écho à Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient publiée en 1749 par l’encyclopédiste Denis Diderot.

En 1829, il publie Coup d’œil d’un aveugle sur les sourds-muets. Il y présente une ébauche de sa propre méthode pour l’éducation des jeunes sourds, qui se situe dans une perspective « inclusive » avant la lettre : « Je dirais qu’un des premiers, je me suis élevé contre les institutions spéciales pour les sourds-muets ; qu’un des premiers, j’ai réclamé pour eux une instruction analogue à leur situation dans le monde, j’ai démontré l’avantage qu’ils tireraient, pendant le cours de leur éducation, de ne pas être isolés de la société de ceux qui voient et qui entendent. » p. 216.

L’auteur s’inscrit dans le mouvement du siècle des Lumières, qui a mis en évidence les possibilités d’éducation et de développement intellectuel des personnes tributaires de handicaps sensoriels. Dans une perspective clinique et humaniste, il décrit de nombreux cas de progrès éducatifs. Il cherche à dénoncer les préjugés et à changer les représentations concernant les déficients auditifs et visuels, en se basant sur des entretiens avec des personnes concernées.

Alexandre Rodenbach rend compte des apports de différents pionniers dans le domaine de l’éducation spécialisée. Citons notamment : Valentin Haüy, qui fait le pari de l’éducation et invente les premiers outils de calcul et d’alphabet pour les aveugles ; Louis Braille, qui développe l’alphabet qui porte son nom ; l’abbé de L’Épée et l’abbé Sicard, qui codifient et diffusent la langue des signes jusqu’en Amérique ; Jean Itard, qui se consacre à l’éducation des enfants ayant des retards intellectuels.

Il rend également hommage au chanoine Triest, fondateur des congrégations des Frères et des Sœurs de la Charité de Gand. Ces congrégations sont à l’origine d’institutions d’accueil pour enfants et adolescents déficients sensoriels : en 1820, une école pour filles sourdes ; en 1825, une école pour garçons sourds et en 1835, à Bruxelles, un institut spécialisé, devenu l’Institut Royal pour Sourds et Aveugles (IRSA), qui existe encore aujourd’hui.

Le chanoine Triest initie également le développement des soins psychiatriques en Belgique : Les Frères de la Charité de Gand fondent l’Institut Saint-Bernard à Manage et l’Institut Saint-Martin à Dave, ainsi que l’Institut Saint-Lambert à Bonneville, qui accueille des personnes déficientes mentales.

Pour information, en 1836, Monsieur Rodenbach a créé la brasserie qui porte son nom et produit une bière encore consommée aujourd’hui. À votre santé !


Michel Mercier

Coup d’œil d'un aveugle sur les sourds-muets

Éditeur(s):
chez Louis Hauman (Bruxelles)

Description physique :
220 p. : front., 5 f. de pl. ; 8°

Type : Livre
Date : 1829
Langue : Français

Droits : PublicDomain
Droits d'accès : OpenAccess
Détenteur des droits : UNamur - Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin (Namur)
Cote de rangement BUMP : SJA.8.0983


Notes
Frontispice (portrait du chanoine Triest) protégé par un feuillet de papier de soie, 5 planches (scènes de la Bible, langue des signes).