Dans son Traité des entozoaires et des maladies vermineuses de l’homme et des animaux domestiques, Casimir Davaine, livre une synthèse très détaillée des connaissances acquises sur les infections parasitaires. Les entozoaires, terme désuet à l’heure actuelle, désignent les animaux qui vivent dans les organes des autres animaux, et qui n’ont ni organes respiratoires distincts et ni appendices articulés propres à la locomotion.

Médecin et biologiste doté d’une redoutable capacité d’observation, Davaine présente un recueil qui fait aujourd’hui encore référence dans l’apprentissage de la parasitologie en médecine humaine et vétérinaire. Le propos est ancré dans la dimension historique de la médecine. Les observations des anciens s’articulent avec celles des savants contemporains de Casimir Davaine : Van Beneden, Lieberkühn, Leukart pour ne citer que quelques illustres personnages croisés à la lecture savoureuse de ce traité. Il cite avec rigueur les observations de chacun. Se dégagent alors des hypothèses originales qui font sens et qui formalisent notamment le concept des zoonoses, c’est-à-dire, les maladies infectieuses dont les agents se transmettent naturellement des animaux à l’homme et vice-versa.

Au XXIe siècle, notre planète est devenue un village et les infections circulent d’un hémisphère à l’autre en l’espace d’une demi-journée. L’Organisation Mondiale de la Santé encourage médecins, vétérinaires, biologistes, écologistes et géographes à mettre leur énergie au service d’une seule santé (One Health ). Ce concept vise à réconcilier des disciplines qui ont parfois évolué de manière divergente : la médecine humaine, la biologie, la médecine vétérinaire. À cet égard, Casimir Davaine est une figure de proue de ce mouvement puisqu’il unifie, dans ce traité, les connaissances relatives aux parasites infectant l’homme et les animaux. À titre d’exemple, citons l’infection humaine par le ver solitaire suite à la consommation de viande de porc porteuse de larves enkystées. Davaine offre dans son ouvrage une revue systématique des démarches expérimentales et des observations réalisées par divers auteurs (biologistes et médecins en majorité) visant à établir deux liens. « La plupart des helminthologistes admettent d’après l’analogie de la forme et de la constitution de la tête du ténia solium avec celle du cysticerque ladrique (...) que le cysticerque est le premier âge, l’état de larve du ténia solium. » Au travers d’une première synthèse, il décrit la relation entre la consommation de viande de porc contenant la forme kystique du taenia solium (cysticerques) et le développement du ver solitaire intestinal chez l’homme. Dans une deuxième section, il rapporte l’association entre la consommation d’œufs de ver solitaire émis dans les selles humaines et le développement de cysticerques dans la viande de porcs ayant ingéré ces œufs.

À côté de ce travail de pionnier, les lecteurs que nous sommes aujourd’hui s’amuseront à plusieurs reprises en découvrant les traitements empiriques qui sont proposés pour lutter contre les maladies vermineuses. À titre d’exemple, au détour de la description de la bronchite vermineuse (affection très courante du bovin), ce genre de recette originale est proposé : Asa foetida 30 grammes, Huile empyreumatique de Chabert 60 grammes, Décoction mucilagineuse 500 grammes, Une cuillerée par jour dans un verre de lait.

Une recherche sur les 3 ingrédients recommandés par Davaine nous apprend que l’ase fétide est une résine séchée extraite d’une plante proche du fenouil poussant en Inde et en Iran. L’huile empyreumatique (du grec ancien μπύρευμα, empúreuma - « braise ») de Chabert était, quant à elle, obtenue par la calcination de la corne et des os des animaux. L’adjectif empyreumatique désigne l’odeur et le goût âcre, désagréable d’une substance organique soumise à l’action d’un feu vif. Enfin, la décoction mucilagineuse est un extrait à texture gélifiée obtenu en solution aqueuse par extraction des mucilages contenus dans certaines plantes (guimauve) ou graines (graines de lin par exemple). Nous sommes bien loin de la pharmacopée actuelle. Des interrogations bien légitimes relatives aux principes actifs et aux modes d’action de ce genre de traitement ne peuvent que nous effleurer l’esprit.

Ce livre peut aussi être recommandé pour le voyage qu’il offre au cœur des systèmes visités : de l’arbre respiratoire au système sanguin en passant par les voies digestives. Les parasites deviennent un prétexte à la curiosité. Un livre à la dimension vraiment universelle avec une vision universitaire…


Adeline Cuisenaire et Benoit Muylkens

Traité des entozoaires et des maladies vermineuses de l'homme et des animaux domestiques

Éditeur : J.-B. Baillière et fils (Paris)
Description physique : XIX, XCII, 838 p. : ill. ; 8°

Type : Livre
Date : 1860
Langue : Français

Droits : PublicDomain
Droits d'accès : OpenAccess
Détenteur des droits : UNamur - Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin (Namur)
Cote de rangement BUMP : R19A0979


Notes
Accompagné de 88 figures intercalées dans le texte.
Provenance : Au premier contreplat, vignette Facultés universitaires N.-D. de la Paix Namur Bibliothèque ; Cachet Biblioth. Scientif. Collegii Soc Jesu ND de Pace Namur ; Cachet sec Bibl. Univ. Moretus Plantin Namur ; Cachet Biblioth. Colleg. NamurC. Soc. Jesu. N.D.d.P.