L'enseignement

Hector Lebrun enseigna l’anatomie, la paléontologie et la zoologie durant 24 ans, une expérience professionnelle dans laquelle il s’investit pleinement et qui lui valut un des plus grands bras de fer de sa carrière : le professeur de l’Université de Gand se positionnait clairement en faveur d’une formation scientifique pratique, dans les pas de son maître Jean-Baptiste Carnoy, et au détriment des humanités classiques telles que les défendait, entre autres, le philologue Edmond Rémy.

Jean-Baptiste Carnoy

Cours de biologie cellulaire
Jean-Baptiste Carnoy

Biologiste réputé, Jean-Baptiste Carnoy (1836-1899) s’est échiné, au milieu du XIXe siècle, à sensibiliser le corps législatif à l’importance de l’enseignement des sciences en Belgique. Il s’est investi dans la révision de la loi de 1876, plaidant pour le développement de l’esprit d’observation (plutôt que pour l’ingurgitation de cours aux contenus figés) et cherchant à instituer un cours de biologie cellulaire autonome. En vain. La loi de 1876 prévoit un programme inflexible, étroit et mal adapté aux évolutions de la science, regrette-t-il. C’est la raison pour laquelle Carnoy publie, à l’intention de ses étudiants, un Manuel de microscopie en 1879 – œuvre remarquable – puis La Biologie cellulaire en 1884 – œuvre retentissante – et, surtout, qu’il finit par donner, à l’Université de Louvain, des cours « illégaux », non compris dans le programme officiel. C’est le cas de ce cours de biologie cellulaire, en 1888, dont les notes prises par son assistant François Dierckx sont conservées à la BUMP. Il eut un succès tel que le recteur le rendit finalement obligatoire pour les élèves en sciences et l’ajouta au programme des examens que la loi ne mentionnait pas.

Dieu sait combien de fois je suis passée devant le bâtiment Carnoy à l’UCLouvain, sans avoir pris la peine de me renseigner. Je fais mon mea culpa, j’aurais dû communiquer cette histoire dans mes cours : nous sommes redevables de tellement de connaissances à ce grand monsieur.

Martine Raes au sujet de Jean-Baptiste Carnoy et de son cours de biologie cellulaire

Cours de biologie cellulaire
Frans Alfons Janssens

L’ambition de Carnoy, par cet enseignement, est d’envisager « la cellule sous toutes ses faces, au point de vue de l’anatomie, de la physiologie et de la biochimie ; car c’est sous ces aspects divers qu’il doit servir de fondement aux études subséquentes. En disant qu’il doit être approfondi, nous nous gardons bien d’exiger qu’il soit encyclopédique : un cours qui se perd dans les détails ne saurait être approfondis [sic]. Ce que nous voulons c’est que l’on fasse toucher du doigt la constitution chimique essentielle et accidentelle de la matière vivante, la constitution organique fondamentale des diverses parties de la cellule : membrane, protoplasme, noyau ; qu’on s’appesantisse longuement sur les phénomènes physiologiques principaux ».  Dans son cours, Carnoy insiste sur la nécessité de faire de l’étude de la cellule une branche à part. Ce cahier illustre par ailleurs parfaitement la revendication du professeur pour un cours pratique de biologie cellulaire : les schémas sont nombreux ; ils prouvent combien Carnoy favorise l’observation individuelle au microscope et défend l’expérience dans la formation des jeunes médecins ; les étudiants sont amenés à étudier une cellule au microscope et à la dessiner. Le louvaniste s’impliquera encore dans les discussions autour de l’amendement de la loi de 1890, suggérant des stages pratiques, à nouveau sans succès. Il aura au moins transmis à son disciple, Hector Lebrun, cette volonté de faire évoluer l’enseignement universitaire.

Edmond Rémy

Notes sur les humanités contemporaines
Edmond Rémy

Chanoine honoraire de la Cathédrale de Tournai, Edmond Rémy (1860-1939) enseigna la philologie latine à l’Université catholique de Louvain pendant plus de 40 ans. Il fut à la pointe du combat pour la défense de l’humanisme classique et argumenta en faveur du maintien du grec dans l’enseignement secondaire face, notamment, à Hector Lebrun.