Jean Poncelet

JEAN PONCELET – 40 ANS BIBLIOTHÉCAIRE

Jean Poncelet (1900-1990) a travaillé durant 40 ans comme bibliothécaire à la « Bibliothèque Moretus ». Engagé en 1924 par le Père Henri Moretus-Plantin s.j. comme principal collaborateur, il l’assista, d’abord seul pendant 25 ans, puis secondé par un adjoint. Après le décès accidentel du Père Moretus en 1957, il poursuivit son travail sous la responsabilité d’autres jésuites. Il prit sa retraite en 1965.

Sa vie et les prémisses de ses 40 ans au service de la « Bibliothèque Moretus »

Une prime jeunesse ardennaise

Il est né en 1900 à Gedinne dans une famille nombreuse (11 enfants) composée de notaires et de conseillers provinciaux catholiques. En 1910, elle s’établit à Namur après des revers et des deuils, et reçoit le soutien d’un ami de la famille, le Père Auguste de Sadeleer s.j. (1872-1926), surtout durant la guerre 14-18. Jean Poncelet lui servit la messe pendant des années. Il était un enfant pieux et éveillé, un peu artiste, un peu poète, chanteur à ses heures. Il le restera toute sa vie.

Une « empreinte » jésuite

Jean étudie les humanités gréco-latines au Collège Notre-Dame de la Paix, alternant les première et deuxième places avec son ami George Devos (1901-1958). Ensemble, ils entament ensuite la Philologie classique aux Facultés. George Devos deviendra par la suite avocat, bâtonnier, et gouverneur de la province de Namur en 1940-45.
Parallèlement à sa formation en philologie, Jean assure la surveillance des études pour les internes du Collège et de l’Institut Saint-Georges à Salzinnes (élèves internes de familles de ‘russes blancs’).
En 1920, Le Père Adrien Mativa (1881-1960), son ancien professeur de poésie, lui confie la mission de reconstituer les bibliothèques des pères et des professeurs disséminées durant la guerre 14-18. Ce sont les prémisses de la future « Bibliothèque Moretus ».

En septembre 1924, Jean Poncelet bibliothécaire

À son retour du service militaire, le Père Léopold Willaert (1878-1963), son ancien professeur en philologie classique, lui conseille d’accepter le poste de bibliothécaire personnel d’Henri Moretus. Ce dernier, ne pouvant plus assumer à la fois son professorat d’Histoire aux Facultés et toutes les tâches liées à sa bibliothèque, a besoin d’un collaborateur pour les services aux lecteurs, la constitution des classements et des catalogues, assurer la présence et la gestion journalière de la bibliothèque, malgré le peu de moyens financiers.

Participation de Jean Poncelet aux développements de la bibliothèque

En 1924, Jean débute son travail à la Bibliothèque appelée à l’époque Museum Artium Provinciae Belgicae, située dans les salons de l’Hôtel de Wasseige à la rue de Bruxelles. Il y travaille dans un espace qui s’encombre de plus en plus avec l’arrivée continuelle de livres (35.000 livres en 1925) jusqu’à la construction et l’ouverture d’une nouvelle bibliothèque située à la rue Grafé. En janvier 1928, après le déménagement des 65.000 livres en 5 jours, il intègre ce nouvel lieu comprenant d’abord 5 étages, puis plus tard un sixième.
En 1931, il participe à l’inauguration officielle de la « Bibliothèque Moretus » en présence du Roi Albert 1er. Celle-ci compte alors 90.000 livres, 15.000 revues et déjà des incunables et des manuscrits anciens. En 1935, elle dispose de 120.000 livres, en 1957 au décès du Père Moretus, 220.000 livres, et en 1965, lorsque Jean prend sa retraite 300.000.
Dans son travail, Jean fait sienne la devise des Moretus–Plantin, « Labore et contantia » qu’on peut traduire en « du labeur et de la constance », mais aussi « de la peine et de la fidélité ». En vérité, il fallait du labeur, de la peine, de la constance pour transporter et ranger les livres, les classifier, remplir les fiches, fichiers et catalogues, monter et descendre les 5 puis 6 étages, au début sans ascenseur, parcourir les 2.000 travées et les 16 kms de livres. Jean vécut ainsi pas à pas l’accroissement de la bibliothèque, les difficultés financières, les efforts de reconnaissance et de subventions, le changement de statuts en ASBL séparée du Collège, les regroupements de diverses bibliothèques.
Après sa retraite, il continue à suivre l’évolution de la bibliothèque, d’abord en y apportant son aide en 1966, puis de loin, juste en face, au Palais de Justice où à la demande du bâtonnier des avocats, il remit en état et géra leur bibliothèque durant 20 années, tout en gardant de fréquents contacts et des échanges de publications avec la faculté de droit via le Père Camille Joset. Il a pu suivre ainsi la création de la Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin, ayant eu comme ami de toujours l’architecte Roger Bastin (1913-1986), salzinnois comme lui.

L’apport de Jean Poncelet

L’objectif primordial de Jean a été la rapidité et la qualité du service aux lecteurs, les conseillant et les guidant dans leurs recherches de références bibliographiques au sein des catalogues et des fiches. Beaucoup d’étudiants se souviennent encore de son aide précieuse reçue pour finaliser les bibliographies de leurs mémoires.
Pour le catalogage des livres, il avait convaincu le Père Moretus d’établir un double classement, le premier par titre et/ou auteur, par ordre alphabétique et le second par matière. Son expérience lui avait montré que le lecteur cherchait le plus souvent à partir d’un thème donné et de sujets associés à ce thème. Il avait été inspiré entre autres par Paul Otlet (1868-1944), le fondateur du Mundaneum, qu’il avait rencontré et avec qui il correspondait.
Aujourd’hui, on peut encore voir et consulter les classeurs à tiroirs, contenant toutes les fiches manuscrites et dactylographiques des 300.000 livres antérieurs à 1965, au 2e étage de la salle de lecture de la BUMP.
Jean Poncelet concevait la bibliothèque et la salle de lecture comme un lieu ouvert, calme, propice à la concentration, mais convivial et non comme un espace fermé et réservé. Pour lui, ses lecteurs fidèles devenaient des amis, des confidents réciproques. Beaucoup d’historiens, écrivains, journalistes et professeurs, pères jésuites et autres, étaient des familiers et amis : on peut citer à l’époque, par exemple Félix Rousseau, André Dulière, Marc Delforge, Ernest Montellier, etc.
Nous pouvons penser que Jean Poncelet apprécierait beaucoup ce qu’est devenu « sa » bibliothèque dans l’ère informatique. En 1990, le Père Camille Joset, devenu son ami et confident pendant des années, disait qu’il le considérait un peu comme un co-fondateur de la Bibliothèque Moretus.

Conclusion : Jean Poncelet, l’homme privé

Jean était un homme de Livre, un humaniste, un homme discret, mais aussi un « Homme de fiches et de catalogues ».
C’était aussi un homme profondément religieux, un peu poète, un peu chanteur, un peu humoriste et actif socialement. Ainsi à maintes occasions, il composait des chansons humoristiques de circonstance sur des airs connus qu’il chantait lui-même de sa belle voix de ténor.

André Poncelet