Henri Moretus s.j.

Le R.P. Henri Moretus s.j. (1878-1957)

Né le 17 septembre 1878 à Anvers, Henri Moretus était le cadet d’une famille de cinq enfants. Descendant direct de l’humaniste et imprimeur Christophe Plantin, son père avait épousé Louise de Theux, fille du Ministre du début de la Belgique indépendante, le comte Barthélémy de Theux.

Élevé dans ce milieu familial profondément chrétien, le jeune Henri accumula les prix d’excellence au collège jésuite de sa ville natale, suite à quoi il entama le cursus, classique à l’époque, de la formation au sein de cet ordre religieux. Son intérêt pour les études classiques ayant été vite repéré, il fut adjoint aux bollandistes. Lorsque la bibliothèque de ces derniers fut transférée dans le tout nouveau collège Saint-Michel à Bruxelles, il eut le bonheur de fréquenter le Père Albert Poncelet, bollandiste, ce qui le mena à la rédaction de plusieurs études, dont « Les Passions de saint Lucien et leurs dérivés céphalophoriques » ou encore « Les saintes Eulalies ». Toutefois, la poursuite de sa formation dans la Compagnie l’amena à Dublin, puis dans une maison allemande. Cependant, ce ne fut qu’après la guerre qu’il s’installa définitivement à Namur.

Le projet auquel il consacra dès lors sa vie avait pris jour : la création d’une bibliothèque, à l’origine outil de travail pour les professeurs et ensuite instrument hors pair pour les recherches en histoire, littérature, etc. Ce fut une œuvre épique. Pour commencer, le Père Joseph de Ghellinck, un ami de toujours, le pria de l’accompagner à Leipzig, en tournée de bibliothécaire. Suite à cela, ayant contracté le virus, le Père Moretus se mit à fréquenter assidûment les salles de vente en Belgique et dans les pays limitrophes. Sans jamais se départir d’une politique d’acquisition raisonnée et prudente, il accroissait sans cesse, grâce aux moyens financiers de sa famille, les richesses de son « Musaeum Artium ».

Le seuil de quelques dizaines de milliers d’ouvrages étant atteint, se posait avec acuité la question de l’hébergement, du « rayonnage » de l’ensemble. Ce fut alors toujours la même source de fonds qui permit la construction du bâtiment existant toujours rue Grafé, surmonté du « Labore et Constantia », devise de sa famille. Il avait été inauguré par le Roi Albert 1er en 1931. Quelque 220.000 volumes y étaient hébergés lors du décès du Père. Ce dernier avait d’ailleurs aussi veillé à l’avenir, constituant un fonds destiné à subvenir aux besoins de sa bibliothèque pour le cas où la Compagnie, qui en deviendrait propriétaire et gestionnaire, ne suffirait pas à la tâche.

Mais quel était cet homme, si merveilleusement engagé dans son œuvre ? Chez lui, la modestie le disputait à la détermination. Son projet, éclos dans le milieu bollandiste, avait mûri pendant la première guerre mondiale et il n’allait plus le lâcher. D’un caractère doux et d’une voix fluette malgré sa grande taille, il était bien vu de tous. Lorsqu’il sortait prudemment un « Je pense que … », cela signifiait tout simplement qu’il en était sûr. Ne s’imposant jamais, lorsqu’il sentait le terrain propice, il aimait converser, aussi les marchands le connaissaient-ils bien. Par ailleurs, une amitié très profonde était née entre lui et le Père Léopold Willaert. Plus tard, ce fut le Père Camille Joset qui lui devint très proche et l’aida d’ailleurs beaucoup de ses conseils; bien que de caractères très différents, ils s’appréciaient profondément.

Toute sa vie, oncle Henri était resté particulièrement attaché à sa famille et je suis persuadé que ce lien l’a beaucoup soutenu. Dans les années 1950, j’étais encore très jeune et il m’impressionnait. Aller le voir dans son grand bureau enfumé aux Facultés était entrer dans le mystère. Il offrait à ses neveux des gaufres dont je me souviens encore, tout en déroulant sous nos yeux ébahis des cartes multicolores de la géographie d’autrefois.

Le Père Moretus, c’était : la Foi, sa famille, la Compagnie de Jésus, sa Bibliothèque, la fidélité en amitié.

Reynald Moretus Plantin