Les observatoires jésuites

Les observatoires jésuites

La fondation de l'ordre jésuite au XVIe siècle coïncide avec le début de la science moderne, qui allie modélisation mathématique et expérimentation. Les jésuites s'investissent particulièrement dans l'éducation et fondent de nombreuses écoles, collèges et universités. Exercer une activité scientifique permet de donner un meilleur enseignement, c'est pourquoi de nombreux jésuites vont aussi être de grands scientifiques. Les premiers observatoires apparaissent dans les collèges jésuites aux XVIIe et XVIIIe siècles, on y pratique l'astronomie bien sûr, mais on y étudie également ses applications à la géographie ainsi que la météorologie et la sismologie pour la prévention des catastrophes naturelles.

Ainsi, 30 observatoires - soit environ un quart de tous les observatoires de l'époque - sont associés à des collèges jésuites avant d'être fermés à la suppression de la Compagnie en 1773. À la restauration de la Compagnie en 1814, de nombreux autres collèges jésuites ainsi que 74 observatoires astronomiques et météorologiques associés vont être fondés, parmi lesquels le Collegio Romano (Italie, 1814), le Stonyhurst College (Angleterre, 1838) et celui de la Georgetown University à Washington (USA, 1841).

De nos jours, moins d'une dizaine de ces observatoires jésuites sont encore actuellement en fonction mais l'Observatoire du Vatican et son site du Mont Graham aux USA, à la renommée internationale, sont dirigés et opérés par les jésuites.

 

Les observatoires du Collège Notre-Dame de la Paix à Namur

Parmi ces collèges jésuites de la Compagnie reformée, celui de Notre-Dame de la Paix à Namur est fondé en 1831, avec notamment une classe d'enseignement supérieur en philosophie. Cet enseignement supérieur se diversifiera et se développera considérablement par la suite pour fonder les Facultés Universitaires Notre-Dame de la Paix (FUNDP) en 1929 qui deviennent l'actuelle Université de Namur en 2013. Il y eut deux observatoires astronomiques et une station météorologique au collège jésuite namurois.

Le premier observatoire astronomique fut fondé par le père Antoine Maas en 1838 dans le cadre d'un « cabinet » de physique qui contenait un télescope mais sans coupole astronomique. Il s'agit en fait, avec l'Observatoire de Stonyhurst en Angleterre (fondé également en 1838), l'un des deux tout pre-miers observatoires fondés par les jésuites après la restauration de la Compagnie en 1814. Le père Maas s'était spécialisé en météorologie et fonda une station dédiée à cette science en 1857. Il l'utilisa pour réaliser des observations de haute qualité scientifique tout en le dotant d'instruments de pointe, parfois de sa propre conception. En astronomie, le père Maas développa des instruments de spectroscopie qu'il appliqua avec succès à l'étude du Soleil. En 1867, les philosophes jésuites quittèrent Namur pour Louvain, emportant avec eux tous les instruments de physique et, parmi ceux-ci, un télescope de fabrication londonienne Dolland et une lunette de 10 cm de diamètre du célèbre fabricant allemand Merz. Ces instruments furent perdus lors de l'incendie de Louvain dû aux bombardements en 1940.

Le deuxième observatoire fut installé à l'initiative du père Van Tricht et inauguré durant l'année académique de 1883-1884. Il était situé au-dessus de la « tour aux vespasiennes » (les urinoirs) et était constitué d'un cabinet de travail avec des fenêtres et recouvert par une coupole mobile sur un lit de galets. L'observatoire était équipé d'instruments de météorologie et d'un télescope de 200 mm de diamètre et 1200 mm de focale, fabriqué par les célèbres frères Henry, opticiens parisiens de renom, fabricants pour plusieurs observatoires prestigieux et découvreurs de plusieurs astéroïdes. Le père Désiré Lucas, successeur de Van Tricht, va développer tout un éventail de nouvelles recherches scientifiques, de l'étude de la foudre à la télégraphie sans fil, en passant par la radioactivité.

A l'occasion de l'éclipse solaire quasi totale du 17 avril 1912, un groupe international de scientifiques jésuites et de l'observatoire d'Uccle s'installa à l'observatoire du Collège et au château de Namur pour réaliser plusieurs expériences pointues avec des instruments innovants comme un cinématographe.

Le père Lucas décède en 1949, laissant sa coupole et ses élèves orphelins. Des paroles d'une chanson datant de 1959, ainsi que des témoignages visuels indiquent que l'ancienne coupole, bien que vidée de ses instruments, était encore présente jusque dans les années 1970, avant d'être finalement démantelée.

Miroir du télescope de l’ancien observatoire [objet]

Inertie et gravitation […]
VAN TRICHT Victor

Notions de cosmographie avec 40 figures adaptées au texte
SCHMETS Paul

[Observatoire du collège Notre Dame de la Paix à Namur]

[Observations de l'éclipse solaire du 17 avril 1912]

[Chronicon IV : manuscrit]
ALLART Augustin

[Correspondance du père Joseph-Désiré Lucas avec quelques personnalités scientifiques : Pierre Curie ; Edouard Branly ; Villars ; Gustave Férrie ; père Theodor Wulf ; Albert Turpain ; Henri Abraham ; Edmond Rothé ; Gustave Lechien]

[Chronicon VIII : manuscrit]
ALLART Augustin

L’éclipse de Soleil du 17 avril 1912 au collège Notre-Dame de la Paix à Namur : in Le Patriote Illustré 

L’éclipse de Soleil du 17 avril 1912 observée au laboratoire du collège N.-D. de la Paix à Namur
WILLAERT, Fernand
LUCAS Joseph-Désiré

L’éclipse de Soleil du 17 avril 1912
Bureau des longitudes