Les débuts des jésuites en astronomie

La Societas Jesu, ainsi qu'elle s'est nommée, est fondée en 1540. Cette congrégation impose une longue formation intellectuelle pluridisciplinaire à ses membres, qui étudieront pendant des années des domaines allant de la philosophie et des sciences à la théologie, le plus souvent en enseignant en parallèle. Cette organisation constituera ainsi un terreau fertile à l'épanouissement de nombreux prêtres savants.

Parmi ces premiers hommes de science et de foi qui marquèrent l'histoire, on retrouve l'astronome et mathématicien Christophorus Clavius (1538-1612), qui fut chargé de l'établissement du calendrier grégorien adopté en 1582 et toujours en vigueur en Occident. Les traités de Clavius ont fait référence pendant plus de 50 ans en Europe en astronomie comme en mathématique et il fut l'un des premiers occidentaux à utiliser le point décimal dans la notation des nombres, comme on peut le voir dans ses tables trigonométriques. Il utilisa exclusivement le modèle géocentrique et, bien que Clavius lui reconnaisse des faiblesses, et il incorpore dans ses ouvrages certaines observations de Galilée. Clavius ne fut pas un partisan du modèle de Copernic, bien qu'il utilise des tables astronomiques calculées avec ce modèle dans l'établissement du calendrier grégorien. Le rayonnement scientifique de Clavius fut émulateur pour de nombreux jésuites qui suivirent son exemple en se consacrant à l'astronomie parmi lesquels nous retiendrons ici Matteo Ricci (1552-1610), Athanasius Kircher (1602-1680), Johann Adam Schall von Bell (1592-1666), les Belges Ferdinand Verbiest (1623-1688) et Antoine Thomas (1644-1709), et plus tard Angelo Secchi (1818-1878).

Christophori Clavii Bambergensis e Societate Iesu Astrolabium
CLAVIUS Christophorus

Christophori Clavii Bambergensis ex Societate Iesu, in sphaeram Ioannis de Sacro Bosco commentarius […]
CLAVIUS Christophorus

Antoine Thomas s.j. (1644 - 1709)

Figure historique discrète et encore trop peu connue du public, Antoine Thomas est un missionnaire, astronome et mathématicien jésuite né à Namur en 1644 et dont la maison familiale se trouvait rue de la Croix, dans le cœur historique de la ville. Après une enfance et des études dans sa ville natale (il est élève au collège jésuite entre 1652 et 1660) et un noviciat à Tournai, il entame sa formation en philosophie à Douai en France. Dès l'âge de 19 ans, il sollicite une première fois son départ pour la mission jésuite aux Indes, en vain.

Antoine Thomas poursuit ses études au collège de Lille et enseigne ensuite (1665-1671) dans plusieurs collèges jésuites de la Province Gallo-belge avant de revenir à Douai pour se plonger dans la théologie scolastique. C'est là qu'il rencontre d'autres candidats pour les missions d'Extrême-Orient et que, durant ses temps libres, il s'adonne à l'étude des mathématiques et de l'astronomie. Ordonné prêtre en 1674, Antoine Thomas reçoit en 1677 l'autorisation du départ pour la mission jésuite en Chine.

Ensuite, il rejoint Coimbra au Portugal et enseigne les mathématiques et l'astronomie à l'université durant deux ans. Il y fait sa première observation d'une éclipse de lune le 29 octobre 1678 et, moins de deux après, il embarque à destination des Indes au départ de Lisbonne, pour un périple long de six ans.

Le périple d'Antoine Thomas vers les Indes est émaillé d'observations relatées dans sa correspondance : étoiles et constellations, éclipse de lune le 22 février 1682 à Juthia, capitale du Royaume du Siam (Thaïlande), à l'aide d'instruments improvisés, éclipse de soleil le 24 juillet 1683 et éclipse de lune le 16 juin 1685 à Macao, auxquelles s'ajoutent des mesures à caractère géographique et géologique à Macao et Nankin, etc. Appelé par son confrère Ferdinand Verbiest s.j. (1623-1688), célèbre astronome, mathématicien et armurier à la cour de l'empereur Kangxi (1654-1722), Antoine Thomas arrive enfin à Pékin le 7 novembre 1685.

Il y rejoint les jésuites missionnaires présents à la cour impériale et, au décès de son ami Verbiest, bénéficiant comme lui de la confiance et de l'estime de l'empereur, Antoine Thomas lui succède au Tribunal des Mathématiques. Professeur de l'empereur, il rédige à son attention un traité de mathématique et réalise plusieurs cartes topographiques. Il fait également la première mesure d'un arc de latitude en Chine, près de Pékin. Devenu Vice-Provincial de Chine en 1701, Antoine Thomas prend part à la Querelle des rites chinois, controverse portant sur la traduction du nom de Dieu et sur les rituels en l'honneur de Confucius et des ancêtres. Cette polémique oppose le Saint-Siège et les jésuites missionnaires, partisans d'une inculturation et d'une adaptation des enseignements chrétiens à la culture chinoise.

Dans ce cadre, on doit à Antoine Thomas la collecte de nombreux témoignages de chrétiens chinois envoyés à Rome afin de soutenir la position des jésuites.

Iournal des sçavans pour l’année M.DC.LXIX.X.

La notice nécrologique de Ferdinand Verbiest
THOMAS Antoine

[Lettre du père Antoine Thomas au père Verjus à Paris : Macao,14 décembre 1684]
THOMAS Antoine

[Lettre du père Antoine Thomas au père Lachaise : Macao,15 décembre 1684]
THOMAS Antoine

Synopsis Mathematica complectens varios tractatus quos huius scientiae tyronibus et Missionis Sinicae candidatis breviter et clare concinnavit P. Antonius Thomas è Societate Iesu
THOMAS Antoine

Synopsis Mathematica complectens varios tractatus quos hujus scientiae tyronibus breviter et clare concinnavit P. Antonius Thomas è Societate Jesu. Pars secunda
THOMAS Antoine