Qui était Christophe Plantin ?

portrait Christophe Plantin

Christophe Plantin voit le jour vers 1520 à Saint-Avertin, dans les faubourgs de la ville de Tours. À la mort de sa mère, il suit son père, domestique, et parcourt la France. Devenu orphelin, il tente sa chance dans les métiers du livre et s’établit à Caen où il fait son apprentissage. Il y rencontre sa future épouse, Jeanne Rivière. Après un bref séjour à Paris, il se fixe définitivement à Anvers en 1550 et vit, dans un premier temps, de travaux de reliure et de maroquinerie. Selon la légende familiale, il aurait mis un terme à ces activités après avoir été gravement blessé par des bandits alors qu’il se rendait en soirée chez le secrétaire de Philippe II, Gabriel de Çayas, pour lui apporter une commande. Quoi qu’il en soit, Christophe Plantin obtient un privilège du Conseil de Brabant l’autorisant à s’établir comme imprimeur en 1555. Son premier livre paraît la même année, un manuel en français et en italien sur l’instruction des jeunes filles rédigé par l’humaniste vénitien Giovanni Michele Bruto.

L’année 1562 est terrible pour Plantin, son entreprise vacille. Un pamphlet calviniste a été découvert dans son officine alors qu’il était en France. Ses employés sont finalement accusés et Plantin est disculpé. Il revient à Anvers en septembre 1563. Entretemps, tous ses biens avaient été vendus au cours d’une vente aux enchères publique. Des amis, proches d’une secte calviniste, lui viennent en aide et lui permettent de se relancer. Son entreprise prend alors son envol pour devenir, au cours des années 1571-1576, l’une des plus grandes imprimeries d’Europe, produisant en masse pour le clergé espagnol. C’est alors qu’il transfère son officine au « Vrijdagmarkt » et la baptise d’après sa célèbre marque Au Compas d’Or . Au faîte de sa gloire, Plantin employa plus de 70 personnes et posséda jusqu’à 16 presses. La « Furie espagnole » de 1576, marquée par les exactions des troupes espagnoles, puis l’établissement d’un régime calviniste à Anvers réduisent considérablement ses activités. Plantin ouvre alors une succursale à Leyde et s’y établit temporairement en 1583 avant de revenir à Anvers en 1585 après la reconquête de la ville par les troupes d’Alexandre Farnèse. Il s’éteint quelques années plus tard, le 1er juillet 1589, après une vie de dur labeur. L’entreprise est ensuite divisée entre ses beaux-fils, son seul fils, Christophe, étant mort en bas âge. Jan Moretus prend alors en main la destinée de l’officine anversoise et Franciscus Raphelengius celle de Leyde.

Fidèle à sa devise Labore et Constantia (« Par le travail et la persévérance »), Christophe Plantin a proposé une production de qualité supérieure et fut l’un des premiers à généraliser l’emploi de gravures sur cuivre pour l’ornementation des livres. Son catalogue se compose de plus de 2450 titres, soit une moyenne de 72 ouvrages par an. Ses impressions ont circulé tant en Europe qu’au-delà. Il doit également son succès à la qualité de son entourage qui se composait des plus grands esprits de l’époque, tels que Juste Lipse, Abraham Ortelius, Gérard Mercator ou encore le botaniste Rembert Dodoens. En cette période de troubles religieux, Plantin réussit à louvoyer entre ses différentes allégeances, devenant tour à tour imprimeur de la Couronne espagnole, des États généraux ou encore de la ville d’Anvers alors calviniste. Sa proximité avec les autorités habsbourgeoises aura toutefois permis à Plantin de réaliser l’un de ses plus beaux chefs-d’œuvre, la Biblia polyglotta. Ce monument d’érudition contribua à hisser Christophe Plantin parmi les plus grands typographes de la Renaissance.

Renaud Adam