Un réseau international

L’officina Plantiniana, foyer des réseaux humanistes

La lecture de la correspondance de Plantin s’apparente à un « jeu de piste » à travers les réseaux intellectuels de la seconde moitié du XVIe siècle. Qu’il sollicite des collaborations ou reçoive des manuscrits à éditer, l’imprimeur entretenait des échanges réguliers avec de nombreux savants actifs dans les différentes branches du savoir humaniste (philologie, histoire, médecine, botanique, mathématique, astronomie …), branches moins éloignées entre elles alors qu’aujourd’hui.

Le médecin, philologue, historien et poète Hadrianus Junius (1511-1575) est un bon exemple de la polymathie des savants de l’époque. Son Nomenclator, publié par Plantin en 1567, s’apparente à un dictionnaire encyclopédique, structuré selon différentes thématiques, dont les deux premières – est-ce un hasard ? – sont celles du livre (De re libraria, & librorum materia) et de l’être humain (De Homine). Par ailleurs, Junius est aussi connu pour son recueil d’emblèmes latins (imprimé en 1565, également par Plantin), qui fut traduit dans plusieurs langues, dont le français (par un autre médecin poète, Grévin) et le néerlandais. L’érudition de Junius était admirée par un autre grand nom de l’humanisme savant des Pays-Bas : Juste Lipse (1547-1606). Ce philologue et philosophe influent (il fonda le néo-stoïcisme) fut un ami proche de Plantin et séjourna souvent à la maison du Compas d’Or, si bien qu’on visite encore aujourd’hui au Musée Plantin-Moretus à Anvers la « Chambre de Juste Lipse ».

Hadrianus Junius et Juste Lipse
Hadrianus Junius et Juste Lipse (https://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/image?04225)

Des collaborations malgré la distance

Tu salueras en mon nom tous les amis, en premier lieu Hunaeus, Goudanus, Johannes Harlemius et Gemmaeus, des personnes envers qui je serai toujours dévoué et plein d’affection ; salue aussi Franciscus Raphelengius, notre cher Abraham [Ortelius], Arnoldus Mylius, Pulmanus, Paludanus, Kikelbergijs et Galleus, ainsi que tous les autres dont le souvenir si cher reste à jamais gravé dans ma mémoire. Tu salueras de ma part avec toute l’amitié possible ton beau-père, ton épouse et ta sœur Henrikella. Adieu, et porte-moi en retour toute l’amitié que j’ai pour toi. (Traduction du latin)

Après avoir terminé l’immense chantier de la Bible polyglotte et quitté Anvers après un séjour de sept ans, c’est en ces mots très chaleureux adressés à Jan Moretus que Benito Arias Montano (1527-1598) évoque la famille de Plantin et le cercle d’amis avec lequel il a vécu dans la cité scaldienne. Il y restera attaché toute sa vie, échangeant de nombreuses lettres avec Plantin, mais aussi avec Abraham Ortelius ou Juste Lipse, menant avec eux des conversations à la fois érudites et quotidiennes, faisant par ailleurs la promotion des ouvrages de l’officina Plantiniana en Espagne. Vu l’intérêt particulier de Montano pour les herbes et plantes, le botaniste Charles de l’Écluse lui demanda aussi – par l’intermédiaire d’Ortelius – des renseignements sur de nouveaux ouvrages de botanique. De nombreux livres imprimés par Plantin sont donc le fruit d’un réseau d’amis savants que l'éditeur est parvenu à rassembler autour de soi, créant un réel échange entre eux et une belle émulation.

Benito Arias Montano et Abraham Ortelius
Benito Arias Montano et Abraham Ortelius

 

Lettres et humanités numériques

Ce graphique permet de visualiser les réseaux épistolaires de Christophe Plantin, Benito Arias Montano et Abraham Ortelius, sur la base des lettres reçues et envoyées entre 1574 et 1578.

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