La première grande œuvre, le convoi funèbre

La magnifique, et sumptueuse Pompe funebre faite aus obseques, et funerailles du tresgrand, et tresvictorieus empereur Charles cinquiéme, celebrées en la vile de Bruxelles le XXIX. iour du mois de decembre M.D.LVIII. par Philippes Roy catholique d'Espaigne son fils

Chapelle ardente

Lorsque mourut l’empereur Charles Quint, le 21 septembre 1558, son fils Philippe II résidait à Bruxelles. Trois mois plus tard, le 29 décembre, eut lieu dans cette même ville une « magnifique et somptueuse pompe funèbre » (en l’absence du corps du défunt) : des centaines de personnes de tous les rangs de la société défilèrent depuis le palais du Coudenberg (l’actuelle Place Royale) jusqu’à la collégiale Sainte-Gudule. Cet album édité en 1559 pérennise le souvenir de cette procession, représentée sur 33 gravures formant une frise d’environ 12 mètres de long. Ce « leporello » donne à voir, de gauche à droite, la chapelle ardente (supportant 3000 cierges !) qui se trouvait à Sainte-Gudule, les musiciens, les porte-étendards, la nef Victoria (véhicule chargé de mener l’âme de l’empereur au ciel), puis la série des hauts dignitaires, et enfin Philippe II et sa suite qui ferment le cortège.

L’initiative de ce somptueux ouvrage revient au héraut d’armes de Philippe II, Pierre de Vernois, qui finança en grande partie son édition. Il en confia la réalisation à Hieronymus Cock (ca 1510-1570), graveur, éditeur et marchand d’estampes établi à Anvers. Ce dernier conçut le dessin de la frise, mais les gravures furent réalisées par les frères Joannes et Lucas van Doetecum. Christophe Plantin ne réalisa que l’impression des quelques pages de texte décrivant le cortège (qui furent publiées en français, néerlandais, allemand, italien et espagnol). Même si sa participation était donc fort modeste, le fait qu’il ait été choisi pour être associé à ce projet ambitieux est un indice éloquent de la notoriété croissante de cet imprimeur qui s’était lancé dans le métier à peine quatre ans plus tôt. La présence de son nom sur la page de titre de ce volume de prestige allait définitivement asseoir la réputation de Plantin.

Pierre Assenmaker