Le livre imprimé dans les Anciens Pays-Bas

Nova reperta

Les premières officines typographiques des anciens Pays-Bas voient le jour moins d’une vingtaine d’années après la mise au point de la technique de l’imprimerie en caractères mobiles par Johannes Gutenberg et ses associés aux alentours des années 1450. Tant dans les terres septentrionales que méridionales, les plus anciens témoignages remontent à l’année 1473. Sans le savoir, en intégrant une date dans les colophons de leurs premiers livres, Nicolaus Ketelaer et Gerardus de Leempt à Utrecht ainsi que Jean de Westphalie et Thierry Martens à Alost ont permis à leur ville respective de se voir décerner le titre de berceau de l’imprimerie pour les pays « de par-deçà ». L’art typographique s’étendra par la suite à tous les grands centres urbains de ce territoire : Alost (1473), Utrecht (1473), Bruges (1473 ?), Louvain (1473 ?), Bruxelles (1475), Delft (1477), Deventer (1477), Gouda (1477), Zwolle (1478), Nimègue (1479), Audenarde (1480), Anvers (1481), Gand (1483) et Bois-le-Duc (1484).

Les anciens Pays-Bas font alors partie des zones les plus urbanisées d’Europe, avec notamment le nord de l’Italie et le sud de l’Allemagne. L’imprimerie y trouve un terreau fertile. Plusieurs conditions favorisèrent l’éclosion d’officines typographiques. La première est sans conteste la proximité entre les différentes villes : le territoire des anciens Pays-Bas n’est effectivement pas très grand. L’importance des centres urbains joua également un grand rôle, comme à Anvers, cette métropole portuaire et marchande qui sut attirer de nombreuses personnes désireuses de se lancer dans l’aventure du livre. La présence d’une institution explique aussi l’ouverture d’un atelier dans une ville. Louvain intéressa ainsi plus d’un imprimeur grâce à son université et, surtout, grâce à sa population estudiantine et à son corps professoral. De même, la venue à Gand d’un typographe se fit à l’appel des autorités communales. Enfin, le rôle des voies navigables ne doit certainement pas être négligé. La vallée de l’Escaut accueillit ainsi les principaux centres d’imprimerie des Pays-Bas méridionaux.

Au tournant du XVIe siècle, une transition s’opère avec une concentration des activités typographiques dans les grands centres urbains qui abritaient alors les capitaux nécessaires au bon fonctionnement de ce type d’entreprises. Anvers éclipse progressivement ses rivales pour devenir la véritable capitale de l’imprimé des anciens Pays-Bas et l’une des places les plus importantes d’Europe. Christophe Plantin personnifie cette réussite. Cependant, les troubles religieux et la révolte contre le pouvoir espagnol entraîneront, dans le courant de la décennie 1580, la fuite de nombreux maîtres et ouvriers dans les provinces septentrionales calvinistes. Cet exode modifiera en profondeur le paysage éditorial de ce territoire et sera, entre autres, à l’origine du formidable essor rencontré par les Provinces-Unies dans le domaine du livre au siècle suivant. Anvers ne retrouvera jamais plus son ancien statut. La fin du XVIe siècle coïncide également avec la conquête, par l’imprimerie, des provinces romanes. Des ateliers furent ainsi implantés à Mons (1580), Arras (1591), Lille (1594), Saint-Omer (1601), Ath (1609) et Namur (1617). Dans ces villes, les autorités urbaines ont joué un rôle clé dans l’implantation de l’imprimerie, en attirant des typographes par l’octroi de gratifications facilitant leur installation ou par la concession de privilèges exclusifs pour la reproduction des actes officiels.

Renaud Adam