Contexte historique

Un contexte multilingue

Anvers

En décidant de s’installer à Anvers, Plantin s’ouvre à un univers cosmopolite où se croisent de multiples langues. Un simple coup d’œil à sa correspondance nous montre qu’il écrit et reçoit des lettres en français, latin, espagnol ou néerlandais. Or, pour Plantin, il ne s’agit pas seulement de communiquer dans plusieurs langues mais aussi de bien les maîtriser. Ainsi qu’il l’affirme dans la dédicace du Thesaurus Theutonicae Linguae (1573), sa méthode pour apprendre le néerlandais dans les années qui suivirent son installation à Anvers est à l’origine du dictionnaire :

Car le seul desir, qui me print en ce temps-là, d’entendre la langue vulgaire des Païs de par-deça […] & le peu de loisir que j’auois de m’assubiectir soubs quelqu'vn qui m’eust instruict à entendre ledict langage, m’esguillonna de mettre la main à ramasser, & mettre comme en certains monceaux & ordres des lettres, les mots que premierement i’en rencontrois, ou qui se presentoyent soubs ma plume ; pour auec loisir par apres m’informer de la signification & proprieté d’iceulx, & à m’en aider au besoing.

Comme en témoignent les différents dictionnaires, la Bible polyglotte ou les nombreuses traductions d’ouvrages dont il est souvent l’instigateur, Plantin favorise à la fois une connaissance philologique des langues, une grande diffusion du savoir ainsi que les transferts culturels.

Photo de montagne

Entre catholiques et protestants

Parmi les zones d’ombre de la vie de Plantin figure la question religieuse qui, jusqu’à ce jour, reste partiellement entourée de mystère. Même si, en 1568, Plantin écrit dans une lettre à Gabriel de Çayas, secrétaire de Philippe II, n’avoir jamais « adhéré ni favorisé de cœur ni d’œuvre à chose contraire à la Majesté Catholique ni à la foy et religion de nostre mère, saincte esglise catholique et Romaine », ses relations avec les fervents défenseurs de la religion catholique, d’une part, et les réseaux de la Réforme, d’autre part, sont bien plus complexes. Le fait d’avoir obtenu, en 1571, le privilège d’imprimer tous les bréviaires et missels pour l’Espagne et ses colonies ainsi que d’être devenu en 1570 architypographe de Philippe II, ce qui le place dans la position de censeur officiel, n’empêchera pas Plantin de poursuivre l’impression de livres protestants.

Au moment où les calvinistes gouvernent à Anvers (entre 1577 et 1585), il publie différents pamphlets contre le régime espagnol – entre autres les Lettres interceptées du cardinal de Granvelle, qui avait été (jusqu’en 1564) l’un de ses principaux ministres et fut longtemps le protecteur de Plantin. Dans ses lettres, Plantin a tenté à plusieurs reprises d’expliquer ses changements de position. À bien y regarder, ceux-ci apparaissent souvent guidés par le souhait de garantir la survie de son entreprise dans un contexte politique et religieux particulièrement instable.

Philippe II et Guillaume d'Orange
Philippe II et Guillaume d'Orange