Cet herbier des plantes vénéneuses de la Belgique, édité en 1881 par Ernest Sonnet, botaniste-préparateur au Jardin botanique de Bruxelles, s’inscrit dans une tradition séculaire où la botanique faisait partie intégrante de la médecine. Car le chasseur-cueilleur préhistorique, le guérisseur, puis le médecin ont puisé leurs ressources thérapeutiques dans l’immense laboratoire de synthèse du monde végétal. Les médecins de l’Antiquité, grecs, arabes et chinois, plus que les Romains peu ouverts à la médecine, ont finalement jeté les bases d’un système thérapeutique où le végétal était incontournable, rendant ainsi l’étude de la botanique indissociable de celle de la médecine.


Mais la transmission de ce savoir était surtout orale. Un des rares vestiges écrits qui nous soit parvenu est le De Materia medica, véritable compendium dans lequel Dioscoride décrit, en 77 apr. J.-C., quelque 800 espèces végétales exploitées à l’époque dans l’art de guérir. Ce sera la référence quinze siècles durant.


À la fin du Moyen Âge, l’enseignement de la médecine se structure, avec l’école de Salerne, la première faculté de médecine européenne, puis ses émules prestigieuses qui s’épanouissent à la Renaissance : Bologne, Montpellier, Padoue et Paris. On y apprend forcément à reconnaître les plantes curatives dans des jardins médicinaux, largement pourvus des simples qui forment l’essentiel de la pharmacopée du moment. Malheureusement, l’hiver interrompt chaque année cet apprentissage. Pour y remédier, Luca Ghini (1490-1556), professeur de médecine à Bologne, presse et sèche des plantes dans du papier, conservant ainsi durablement le matériel végétal et ses principales caractéristiques morphologiques, inventant l’Hortus siccus, l’archétype des herbiers actuels. Dès lors, l’étude de la botanique médicale n’est plus une affaire de saisons. Son herbier a disparu, mais il existe encore quelques herbiers de ses élèves ou de contemporains comme celui de Girault, conservé au Muséum de Paris.


Par la suite, les progrès de la gravure, puis de la photographie permettront de fixer sur papier l’iconographie indispensable pour la didactique botanique en médecine, et l’herbier prendra une autre direction, non moins importante, comme support à l’étude de la systématique végétale. Le lien privilégié entre botanique et médecine se réduira progressivement pour se limiter pratiquement à la seule pharmacognosie. Des herbiers monographiques subsisteront parfois, à l’adresse de tous les niveaux d’enseignement d’ailleurs, traitant par exemple des plantes vénéneuses, comme celui présenté ici.


Le lien entre plantes et médecine est illustré dans l’exposition par trois plantes emblématiques, connues déjà dans l’Antiquité, et dont la frontière entre le médicament et le poison est subtile. Ainsi le pavot, Papaver somniferum, dont le latex contient la morphine, antalgique majeur mais dont l’usage médical est souvent dévoyé comme psychotrope via l’opium, ou un de ses dérivés artificiels, l’héroïne. Le colchique d’automne, Colchicum autumnale, est une autre plante phare. La colchicine qu’elle produit est utilisée encore aujourd’hui dans le traitement de la goutte, mais elle n’en est pas moins un poison mortel si les doses thérapeutiques, bien faibles, sont dépassées. Une synthèse de ces alcaloïdes n’est pas possible, et l’approvisionnement en morphine et en colchicine est toujours tributaire de l’exploitation des plantes, en culture pour le pavot, ou à la cueillette pour le colchique. Enfin, la troisième espèce évoque l’extrême toxicité de certains végétaux : Aconitum napellus, l’aconit casque de Jupiter, surnommé l’arsenic végétal, et utilisé pendant des millénaires comme poison de flèches. Contrairement aux deux autres, aucun usage thérapeutique n’est encore envisageable actuellement pour cette plante dont l’empoisonnement fatal intervient à des doses de l’ordre de 3 mg, soit 2 à 4 g de racine.


Philippe Martin


Genre actuel :


Épithète actuel :


Auteur :


Famille :


Pays :


Région :


Localité :


Biotope :


Récolteur :


Déterminateur :


Mention de responsabilité :
Sonnet, Ernest, 1840-1901 (Auteur)

Titre propre :
Herbier des plantes vénéneuses de la Belgique composant seize familles


Lieu de publication : Bruxelles

Editeur : [chez l'auteur]

Date : 1881


Type d'objet : livre

Collation/Format : 1 herbier (non pag.) collecté de [43] plantes séchées

Langue : Français

Notes :
Première partie
Mention de responsabilité : Par E. Sonnet, préparateur au Jardin Botanique de l'Etat, à Bruxelles h[realia]
Ouvrage destiné à l'enseignement supérieur, à l'enseignement moyen, aux écoles normales et aux écoles primaires.
Notes : Chaque plante est identifiée par une vignette imprimée reprenant des indications botaniques sur la plante (nom en latin, français, néerlandais, lieu de récolte, période de floraison).



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Cote : R EXSI/012/01


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Herbier des plantes vénéneuses de la Belgique composant seize familles

Sonnet, Ernest, 1840-1901

Date d'édition : 1881
Cote : R EXSI/012/01
Localisation : UNamur - Bibliothèque Universitaire Moretus Plantin